Le
Héron Léon-Robert
Brice, sur un air populaire traditionnel Texte
d'après La Fontaine
-SON
MIDI CD
"Les 27 plus belles fables de La Fontaine"
Un jour sur ses
longs pieds-eds-eds, allait je ne sais où Le héron
au long be-e-ec emmanché d'un long cou Il côtoyait
une riviè-è-è-è-è-re L'œil dédaigneux,
l'allure fiè-è-è-è-è-re Tra-la-la-la-la-la-la
de ri de ra, Tra-la-la-la-la-la-lèè-è-re
L'onde était
transparente ainsi qu'aux plus beaux jours Ma compère
la carpe y faisait mille tours Avec le brochet
son compère Qui commandait
cette croisière Tra la la ...
L'oiseau n'avait
qu'à prendre et faire son profit Mais il voulut
attendre un meilleur appétit Pour une cause
illégitime Manquerait-il à
son régime ? Tra la la ...
Il mangeait à
ses heures, à moins dix ou moins vingt Après quelques
minutes, léger, l'appétit vint Il vit sur l'eau
de belles tanches Dormant à
l'ombre sous les branches Tra la la ...
M'offrir si pauvre
chère, et pour qui me prend-on ? La tanche rebutée,
il trouva du goujon Pour un héron,
la belle aubaine Mon bec ne s'ouvrirait
à peine Tra la la ...
Il dut aux Dieux
sans doute, de l'ouvrir pour bien moins Aucun poisson en
route quand il en eut besoin Obéissant
à sa fringale D'un limaçon
il se régale Tra la la ...
Texte
original de La Fontaine
Un
jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où, Le
Héron au long bec emmanché d'un long cou. Il
côtoyait une rivière. L'onde
était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours ; Ma
commère la carpe y faisait mille tours Avec
le brochet son compère. Le
Héron en eût fait aisément son profit : Tous
approchaient du bord, l'oiseau n'avait qu'à prendre ; Mais
il crut mieux faire d'attendre Qu'il
eût un peu plus d'appétit. Il
vivait de régime, et mangeait à ses heures. Après
quelques moments l'appétit vint : l'oiseau S'approchant
du bord vit sur l'eau Des
Tanches qui sortaient du fond de ces demeures. Le
mets ne lui plut pas ; il s'attendait à mieux Et
montrait un goût dédaigneux Comme
le rat du bon Horace. Moi
des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse Une
si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ? La
Tanche rebutée il trouva du goujon. Du
goujon ! c'est bien là le dîner d'un Héron ! J'ouvrirais
pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise ! Il
l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon Qu'il
ne vit plus aucun poisson. La
faim le prit, il fut tout heureux et tout aise De
rencontrer un limaçon. Ne
soyons pas si difficiles : Les
plus accommodants ce sont les plus habiles : On
hasarde de perdre en voulant trop gagner. Gardez-vous
de rien dédaigner ; Surtout
quand vous avez à peu près votre compte. Bien
des gens y sont pris ; ce n'est pas aux Hérons Que
je parle ; écoutez, humains, un autre conte ; Vous
verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.